Aux rencontres d'Aix, les tarifs douaniers de Trump au coeur des débats
"Affronter le choc des réalités": parmi les sujets abordés aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence placées sous ce thème cette année, la révélation imminente par Donald Trump de ses décisions en matière de droits de douane fait partie des menaces les plus redoutées.
Ces droits sur les produits importés aux Etats-Unis sont le cheval de bataille économique du président américain depuis son retour à la Maison Blanche en janvier.
Le 2 avril, il a annoncé des surtaxes considérables, avant de les suspendre pour trois mois, tout en les laissant à 10% minimum dans l'intervalle. Le 9 juillet est la date butoir fixée par Donald Trump pour que des dizaines de partenaires commerciaux des Etats-Unis, allant de Taïwan à l'Union européenne, parviennent à conclure un accord avec Washington. Entretemps, des accords bilatéraux ont déjà été annoncés avec le Royaume-Uni et le Vietnam.
Donald Trump a dit envisager d'envoyer, dès ce vendredi, aux partenaires commerciaux des Etats-Unis des lettres les informant de l'imposition de droits de douane punitifs.
"On en revient au vieux mercantilisme qui dit que quand un pays gagne au commerce, l'autre forcément perd, il n'y a plus l'idée que les deux peuvent y gagner", a déploré l'économiste Philippe Aghion, professeur au Collège de France et à la LSE à Londres.
"Si de fortes hausses se matérialisent, cela aura un coût important, qu'on va porter pendant plusieurs années", a remarqué Isabelle Méjean, elle aussi membre du Cercle des économistes qui organise les Rencontres. "Car c'est toujours très difficile de revenir en arrière sur des augmentations de droits de douane".
- "Dans le même sac" -Pourtant, les Etats-Unis eux-mêmes pourraient être affectés par leur propre décision. Dans une étude parue vendredi, les économistes du CEPII estiment à 1% de leur PIB les conséquences sur l'activité économique des "deux principaux belligérants", Chine et Etats-Unis, si les hausses brandies en avril étaient appliquées, et à 0,7% pour la Chine et 0,9% pour les Etats-Unis si la situation actuelle se maintenait.
A Aix-en-Provence, des représentantes du Canada et du Mexique ont évoqué la difficulté d'avoir à leur porte un premier partenaire commercial aussi brutal.
Donald Trump a suspendu toute négociation en mai quand le Premier ministre canadien Mark Carney a voulu imposer une taxe de 3% sur les revenus canadiens des géants américains de la "tech". Le projet a été retiré, permettant la reprise du dialogue.
"On ne capitule pas, mais on essaie de rester à la table des négociations", a convenu Tabatha Bull, présidente et directrice générale du Conseil canadien pour le commerce autochtone (CCCI), rappelant que "70% des Canadiens vivent à 100 kilomètres de la frontière des États-Unis".
Côté mexicain, où les échanges commerciaux bilatéraux représentent 800 milliards de dollars annuels, Donald Trump souhaite actuellement un accord élargi.
"C'est nouveau, de devoir mettre la sécurité, le trafic de drogue et l'immigration dans le même sac que le commerce", a résumé Raquel Lopez-Portillo Maltos, secrétaire générale pour la jeunesse du Conseil mexicain des Relations internationales, "et il est difficile de savoir ce que seront nos leviers de négociation".
- Fini, "la mondialisation heureuse" -Le monde entre dans une "ère de très grande incertitude", a observé Isabelle Méjean, trois fois supérieure à ce qu'elle était pendant la crise du Covid, a-t-elle rappelé, citant une étude de l'université de Stanford.
"Trump nous ramène au XIXème siècle", a commenté pour sa part l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine: "Je ne crois pas que la mondialisation heureuse va recommencer comme avant et je le vis comme un événement considérable."
L'actuel ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a espéré "un accord équilibré le plus rapidement possible" en ce qui concerne l'UE.
Déplorant de voir "les gouvernements faire la queue en rang d'oignon pour supplier Trump", Ngaire Woods, doyenne de la Blavatnik School of Government de l'Université d'Oxford, a toutefois relevé qu'il était "possible de construire, créer et pérenniser un ordre" mondial sans les Etats-Unis, citant entre autres les pays BRICS, dont la Chine, l'Inde et le Brésil, qui trouvent désormais leurs propres accords.
"Trouvons des accords avec d'autres pays. L'Europe doit prendre le leadership", a-t-elle conclu.